Aujourd’hui, Internet et le système d’information 3.0 (ou Internet des Objets) sont incontournables, nous y accédons via de multiples objets. Ce système collecte nos données 24h/24, qu’elles soient consommées ou imperceptiblement produites. Il est essentiel de s’interroger sur notre pleine conscience des informations partagées quotidiennement et de leurs potentiels impacts profonds sur notre société, nos relations ainsi que sur la santé de notre planète.
C’est à travers d’une petite histoire que je vais essayé de mettre en lumière cette quantité de données.
Dans le texte qui suit, toute ressemblance avec des personnes que nous connaissons n’est pas fortuite.
Il est 6h30 du matin. L’alarme du smartphone d’Aylin la réveille. Elle tend le bras pour l’éteindre. En activant l’écran, des notifications apparaissent déjà. Il va faire trop chaud, un bateau de migrants en Méditerranée a encore sombré, un nouveau message de Trump sur son réseau social. À peine éveillée, elle laisse déjà ses premières traces, au moment où l’écran s’active.
Tout en buvant son café, elle regarde les informations sur son « Téléviseur connecté » : heure d’allumage, chaînes consultées, durée d’utilisation. En une fraction de seconde, toutes ces informations sont stockées à l’autre bout du monde. Avant de partir, elle consulte une dernière fois ses mails et ses réseaux sociaux.
Pour se rendre au travail, elle utilise sa voiture électrique. Elle en est très fière car c’est un véhicule de pointe en termes d’écologie et de sécurité. En cas de vol ou pire d’accident, elle prévient les secours et donne sa position exacte, c’est rassurant !
Une fois arrivée à son poste. Après avoir salué tout le monde, elle allume son ordinateur, vérifie une dernière fois son smartphone et se met au travail, musique sur les oreilles. Face à elle, son collaborateur fait de même. Ils ne se reparleront qu’en fin de journée.
Sa montre vibre ! Elle l’informe que cela fait bientôt une heure qu’elle n’a pas bougé. Elle lui prend le pouls et lui propose quelques exercices. Les résultats seront automatiquement synchronisés avec son application santé.
Maintenant, voilà l’heure de la pause. Le moment idéal pour lire les dernières « news ». Elle commente, aime, n’aime pas. En survolant les titres, elle trouve une liste de propositions sur un sujet qui l’intéresse. Justement, elle en a parlé avec un ami, mais elle ne sait plus très bien quand ! Après quelques secondes, elle se fait la réflexion : « Quel progrès, si demain je n’avais plus besoin de réfléchir à un problème, et que d’un coup, mon smartphone me donne la solution avant même que je ne commence à la chercher ! »
De retour à son poste, le travail reprend. L’après-midi se termine, dans un flot continu d’informations transférées vers le « cloud ». Sa journée est sur le point de finir. Quand un mal de tête la prend. Elle décide donc d’aller consulter son médecin. Une fois leur rendez-vous terminé, elle tend sa carte vitale. C’est de nouveau la danse des chiffres dans le nuage !
Une fois arrivée chez elle, la collecte des informations va continuer, et ce même pendant son sommeil. Alexa, l’enceinte connectée d’Amazon, se chargera de la surveiller.
Aujourd’hui, chaque action (déplacement, paiement, communication) via des outils connectés génère l’enregistrement de nos données personnelles, provoquant une explosion de notre consommation d’information. Dès les années 90, l’Internet offrait une opportunité mondiale d’information et de communication, loin des préoccupations d’objets connectés ou de popularité sociale. Des entrepreneurs ont rapidement perçu la manne financière de ce marché global basé sur la valorisation des informations. En moins de 20 ans, l’Internet est passé de quelques milliers d’universitaires à des milliards d’utilisateurs réguliers, la rapidité des connexions marquant une nouvelle étape. Nos données partagées sont la matière première du système 3.0, collectées par objets et réseaux, puis stockées sur des serveurs.
L’Homme serait-il une vache laitière ? Nos informations, stockées en « fermes de serveurs », y voient notre valeur estimée selon la quantité de données produites. Les entreprises numériques les analysent pour créer puis nous vendre de nouveaux services.
Pour être rentable dans ce système, un compte social, une adresse e-mail, une carte bancaire et un abonnement mobile suffisent. En 2023, la valeur annuelle moyenne générée par un utilisateur (ARPU) variait considérablement. L’ARPU mondial moyen pour les médias sociaux était d’environ 40,60 dollars. Pour Facebook uniquement, l’ARPU était de 68,44 dollars en Amérique du Nord et 23,12 euros en Europe, son ARPU global étant d’environ 13,12 dollars. Ces chiffres révèlent une monétisation bien plus élevée dans certaines régions
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : En 2024, il y a environ 5,52 milliards d’utilisateurs d’Internet dans le monde. Le nombre d’utilisateurs d’Internet a presque doublé depuis 2014, passant de 2,77 milliards à 5,52 milliards en 2024. Les géants de l’internet, souvent appelés GAFAM (Google, Amazon, Facebook/Meta, Apple, Microsoft), ont généré un chiffre d’affaires cumulé significatif. Par exemple, en 2023, Apple, Microsoft, Google (Alphabet), Meta (Facebook, Youtube, Instagram) et Amazon ont totalisé 1,6 trillion de dollars de revenus combinés, avec un bénéfice net de 290 milliards de dollars. Une grande partie de ces revenus provient de la publicité, comme en témoignent les revenus publicitaires de Meta qui ont atteint 131,95 milliards de dollars en 2023. Globalement, les dépenses mondiales en publicité numérique étaient estimées à 424,3 milliards de dollars en 2023.
Nos données, une fois collectées, servent à étudier nos habitudes, nos trajets, nos goûts et nos loisirs. Les entreprises qui les possèdent sont devenues les Oracles 3.0.
Prenons un exemple concret : Une personne qui voudrait trouver l’emplacement idéal pour son commerce peux faire appel à un opérateur de données. Celui-ci saura précisément où passe le plus grand nombre de personnes intéressées par ses produits. Car il dispose d’un classement très précis par catégories sociales et par pouvoir d’achat.
C’est effrayant de penser que demain, n’importe qui d’entre nous ne remplissant pas tous les critères du parfait consommateur pourrait devenir invisible. Ou pire, il aurait toujours accès à internet, mais en mode « zone blanche ». Un internet « low-cost » où, lorsqu’il se connecterait aux réseaux sociaux, il n’aurait plus la possibilité de commenter ou d’aimer. Il n’apparaîtrait plus dans les listes de ses amis. Bien sûr, il aurait accès à l’ensemble des sites internet, mais on choisirait pour lui les contenus affichés. Heureusement, l’essentiel serait préservé : le paiement en ligne !
Les inégalités croissantes, confirmées par les nombreux mouvements sociaux, ne devraient pas se limiter à une exploitation mercantile des informations. Au lieu d’aggraver les injustices sociales, ces données pourraient nous aider à mieux comprendre l’évolution de nos sociétés et à répondre aux besoins humains pour rétablir l’équilibre.
Face à la facilité de propagation des « fake news » par rapport aux valeurs, il est crucial de réfléchir à ce que nous transmettons aux générations futures. Internet doit rester un outil d’enrichissement personnel.
Si, demain, notre société privilégie les liens avec internet au détriment de ceux avec l’Homme, quelle sera alors la définition de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité pour les générations futures ?
Il est vrai qu’il ne faut pas être nostalgique du passé ; le progrès est en marche. Au début du siècle dernier, le charbon a transformé les sociétés, propulsant la révolution industrielle. Aveuglés par les fabuleuses possibilités offertes, les hommes ont mis près d’un siècle à prendre conscience des conséquences désastreuses sur la planète et l’humanité.
Contrairement au charbon qui noircissait les gueules et les poumons, rendant le danger visible, les données informatiques ne laissaient aucune trace. Aujourd’hui, elles sont manifestes, notamment via les « fake news » qui envahissent les débats de société. Heureusement, des ripostes émergent pour lutter contre la désinformation. De plus en plus d’émissions de télévision, de chaînes YouTube ou de sites web les décryptent. En rétablissant la vérité, ils ramènent l’équilibre et nous protègent du charme des sirènes numériques. C’est une preuve supplémentaire de la capacité humaine à réagir face au danger.
Il est évident que toutes les avancées technologiques sont un bienfait ; elles améliorent notre qualité de vie et nous enrichissent.
Néanmoins, restons vigilants : internet doit demeurer un outil à utiliser avec prudence. Nous devons nous en servir pour échanger, créer et communiquer. Il ne doit pas nous ôter notre libre arbitre.
L’homme qui utilise Internet peut s’en servir à bon ou à mauvais escient. C’est toujours à lui de choisir comment employer cet outil, et non l’inverse.

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